
Quand la nuit s'impose au jour,
chaque soir est une agonie,
le râle du vent se dissipe
et le silence manifeste sa présence ;
lever les yeux
dans cet océan ténébreux
et caresser du regard
les traits délicats de la lune,
la dévisager avec tendresse
quand elle me sourit,
me séduit-elle à cet instant ?
me poser cette question :
— À combien de poètes
a-t-elle joué de son charme
pour devenir leur muse ?
son vœu le plus cher
ne serait-il pas d'être
immortalisée par des mots
avant d'éconduire ses amants ?
Se sentir pataud
devant sa grâce,
la contempler
sans rien lui dire
car ma parole est superflue,
l'égérie ne veut être séduite
que par des phrases
encrées sur le papier
qui la rendront éternelle ;
par essence,
son corps est inspirant,
son corps est beauté,
son corps est lumière
mais seul compte
l'acte d'écrire
dans son sillage.
Les poètes
ne sont que des romantiques
un peu maudits,
un peu candides
et au fond de leur cœur,
ils n'ont qu'une citadelle en ruine
dans laquelle ils rêvent de pouvoir planter,
sur les hauteurs de l'édifice,
l'étendard de leur déesse ;
la lune est libre,
elle ne s'encombre jamais
de leurs esprits ou de leurs doigts
et les poètes souffrent
de cet amour éphémère.
Combien de poètes a-t-elle connus ?
des milliers devenus poussière,
des milliers dont le cœur bat encore,
des milliers qui pousseront leur premier cri,
tant d'hommes à ses pieds
pour lui louer un amour incertain.
Alors qu'elle brille encore
sous mes yeux,
regarder la couleur oblique
des rayons du soleil
effleurer la surface du lac,
écouter
le vent tirer du sommeil
les vagues endormies,
la lune voile progressivement
son visage pâle
avec la lueur du soleil,
le champ d'azur s'enflamme
quand le jour s'impose à la nuit,
chaque matin est une renaissance.
Quitter
la lune et son amour,
l'œuvre prend forme
et mon poème s'agite,
assoiffé de liberté,
il est temps d'en finir avec lui,
il me faut dès à présent
le libérer.
Poème de Jean-Michel Léglise
Photographie du poème : Jean-Michel Léglise
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