Le poète et musicien new-yorkais

« Le crooner américain qui t’avait inspiré un poème est mort il y a quelques jours. » Ce mot me fut envoyé vendredi matin sur la messagerie instantanée de Facebook par Eduardo Pisani. Puis, il m’envoya son poème, composé le matin même, en l’honneur du défunt. Je lus le prénom et le nom dactylographiés de l’artiste américain : Moe Seager. Eduardo me les avait déjà mentionnés après que j’eus déclamé le poème dédié à ce musicien new-yorkais à l’occasion de l’une des sessions de la scène ouverte de L’Éponge. Malheureusement, ma mémoire étant ce qu’elle est, j’avais oublié ces précisions patronymiques.

Je ne connaissais pas Moe Seager. Je ne l’avais vu qu’une fois en janvier ou février de l’année 2023 ou 2024 à la scène poétique du Chat Noir. À cette époque, cet espace de slam et de poésie se déroulait à la mezzanine des Trois Baudets (bar-restaurant), située au-dessus de la salle de concert éponyme, dans le quartier de Pigalle à Paris. Ce soir-là, j’attrapais à la volée cette première phrase lancée au public par Moe : Le jazz et la poésie… mmmmmmm… ça se marie bien ! Dès lors, je savais que je tenais quelque chose pour un texte. J’observais la gestuelle de ce performeur et j’écoutais sa voix caverneuse et rauque. Son phrasé suave de sa langue natale imprégnait mon imaginaire réceptif. Ne comprenant pas l’anglais, son poème était inintelligible pour mon cerveau mais j’avais devant moi, une personnalité atypique qui apporterait de l’épaisseur à mon histoire.

Au bout d’un mois, je rédigeai un brouillon que j’ai retravaillé plusieurs fois jusqu’à ce qu’il me satisfasse afin de l’intégrer au propre dans mon dernier recueil de poèmes Le tournis des mots. Le processus de création ne s’explique pas. Ni d’ailleurs l’inspiration. Je devais l’écrire, c’est tout. Depuis un an, je me disais qu’il fallait que je retourne à la scène poétique créée par Julien Barret et Romain Nouat pour partager ce moment devant Moe. Lui, dans la salle ; moi, sur la scène. Par manque de temps, par manque de courage ou peut-être qu’à force de croire que je pouvais procrastiner à volonté, j’ai raté ce rendez-vous.

Pour la rentrée prochaine, il faudrait que je prenne mon courage à deux mains et que je déclame Le poète et musicien new-yorkais pour lui rendre hommage. Maintenant, repose en paix, toi l’artiste, le passeur de mots et d’émotions.  Je te remercie d’avoir été une source d’inspiration pour moi.