
Quand je me considère sur une photographie, je n’y vois que mes défauts corporels et une expression sur mon visage qui ne me convient jamais. Personne ne me contredira, en règle générale, nous nous déprécions en regardant notre image sur les écrans. Ce qui n’est pas le cas des influenceurs (peut-on les nommer aussi démonstrateurs de produits ou vendeurs multicartes ?), pour lesquels le narcissisme doit être un atout majeur. L’apparence a aussi son importance dans cette activité commerciale et numérique. Pour se donner un aspect de jeunesse éternelle, ils utilisent des filtres apportant à leur peau une couche visuelle qui la rend lisse, ferme et belle : plus efficace qu’une crème de nuit.
Dans notre société, l’intérêt pour le physique est indéniable. Il suffit d’observer autour de nous les moyens de communication déployés pour valoriser l’enveloppe charnelle. La mienne n’est plus de première fraîcheur : elle ne rentre plus dans les critères et les normes actuelles. Mon filtre naturel apposé sur mon visage reflète l’âge de mon corps : cinquante ans ! Aussi, je ne peux pas avoir le minois d’un gamin de vingt ans exhibé sur les réseaux sociaux.
Pour marquer les trois ans de la revue L’Éponge et fêter son numéro 10, nous voulions présenter l’équipe. Nous n’étions pas motivés par la traditionnelle photo de groupe. Aurélie et moi, nous nous sommes dits : « Pourquoi ne pas publier des caricatures de nous-mêmes ? C’est plus drôle et cela prouve notre autodérision. »
Nous avons demandé à Pascal Napolitano, l’un de nos dessinateurs maison (il a fait ses crayons à Fluide Glacial et au Canard enchaîné, entre autres), s’il ne voulait pas se coller à la tâche pour crayonner les chroniqueurs d’articles : Aurélie, Louisa et moi. Pour les illustrateurs, chacun a réalisé la sienne. Nous ne nous sommes pas arrêtés en si bon chemin : pour la Une du n° 10, nous avons publié un dessin humoristique nous caricaturant, nous les deux fondateurs de la revue.
Il faut savoir rire même de nous-mêmes et pour être honnête, je préfère mes deux caricatures à toutes mes photos publiques. Je m’y trouve plus jeune et sans filtre. Et puis quel chapeau… pratique pour collecter la monnaie !

